Mon Alyah en Vers Sion Originale Episodes 15 à 17 – Les Premières Fois

Ces textes ont été écrits il y a près de 2 ans, lorsque j’ai décidé de faire mon Alyah. Je raconte les préparatifs du départ, l’arrivée en Israël, les premières expériences dans le pays. Ca s’appelait “Vers Sion Originale” et je publie de nouveau ces textes (sous forme de différents épisodes) sur mon blog pour les faire découvrir à d’autres personnes.  

 

Mon Alyah en Vers Sion Originale – Episode 15: J+5 après l’arrivée en Israël

Je vais au supermarché!

Ce soir on mange des pâtes à la crème. Jusque là, ça ne mérite pas d’en faire un post! Pourtant, pour un nouvel immigrant, c’est déjà toute une aventure…

J’arrive au petit supermarché du quartier. On dit quoi ici en arrivant? « Chalom » ça fait touriste je suppose; « erev tov » c’est un peu formel je pense. Je crois que je ne vais rien dire, ça fait assez israélien ça, de feindre l’indifférence…
Direction le rayon pâtes. Celles-ci, à 10 schekels, ont l’air bien dégueu. Sinon, il y a les Barilla classiques, identiques à celles que je choisis habituellement; à 300 euros (hors taxe) le paquet de 250 grammes. Finalement, je vais prendre les pâtes dégueu.

Maintenant, la crème fraîche. Il y a un rayon entier de pots qui ressemblent plus ou moins à de la crème fraîche. 10% de matière grasse (enfin je crois), 15%, 30%, couleur rouge, bleu, vert, il y en a partout, de toutes les tailles. Je n’ose pas poser la question et je prends le pot qui ressemble le plus à ce qu’on connait en France.

Le fromage râpé maintenant. Je cherche. Je re-cherche. Je re-re-cherche. Il n’y en a pas (enfin je n’en vois pas). Pas de souci, le secret de l’intégration c’est l’adaptabilité et je ne vais quand même pas revenir en France parce qu’il n’y a pas d’emmental! Le fromage spécial pour pizza fera l’affaire…

Un détour rapide par le rayon des couverts en plastique (oui, c’est pas très écolo, mais pour le coup c’est très israélien) et me voilà à la caisse.
Je lance un rapide « Chalom » (un reste de bonne éducation à la française) et là je tente un monologue hasardeux: « iech euh… gvina… euh… bichvil… euh… la pasta… ». Moment de solitude. Le type me répond et évidemment je ne comprends pas ce qu’il me dit. Il attend 20 secondes (le temps que ça monte à mon cerveau ramolli par la chaleur) puis me dit: « Vous êtes français? »
Mon sauveur! « Oui » réponds-je avec enthousiasme (Note de l’auteur: J’adore utiliser des termes comme « réponds-je », ne m’en voulez pas, c’est mon pêché mignon. Merci par avance pour votre compréhension.)
Il est français lui aussi. La conversation dérive sur l’Alyah, les français du quartier, son service militaire, bref, on se raconte notre vie comme à chaque fois que 2 francophones se croisent dans ce pays.

Avant de partir, je me souviens qu’il faut prendre des verres en plastique et que je n’en ai pas vu. « Iech kossot? ». Il me regarde bizarrement. Je souris et je me justifie: « C’est le seul mot que je connais en hébreu, alors j’ai voulu te le dire en hébreu, tu vois… ». Il comprend. Des olim, il en voit tous les jours des nouveaux, il sait qu’on est tous un peu allumés.

Je rentre enfin à la maison, fier de moi, prêt pour un vrai repas à l’israélienne.
Il faut moins de 2 minutes à ma femme pour me demander de repartir au supermarché. J’ai pris du cottage à la place de la crème fraîche.

 

Mon Alyah en Vers Sion Originale – Episode16: J+13 après l’arrivée en Israël

J’ouvre un compte en banque!

Ce blog ressemble de plus en plus aux aventures de Oui-Oui au pays des sionistes. Ou pire: Martine va en Israël. Après « Martine fait son Alya », « Martine parle hébreu » et « Martine va au supermarché », aujourd’hui, « Martine va à la banque »…

Mon beau-frère m’a prévenu: « Ici en Israël, on est capable d’envoyer des satellites dans l’espace. On est le 2ème pays le plus présent sur le NASDAQ. Mais au niveau des banques, on est restés bloqués à la période turque. Donc avant 1917. »
Effectivement, pour ouvrir un compte bancaire il faut avoir un peu de temps devant soi…

Je rencontre ma future conseillère, qui est d’origine française. Pendant les 2 heures de rendez-vous (ah oui, quand même!), nous aurons l’occasion de discuter de pas mal de sujets. J’en sais plus sur sa vie (et elle sur la mienne) au bout d’un rendez-vous que sur celle de tous mes banquiers réunis depuis 25 ans. Le sentiment de parler à une cousine éloignée ou à une amie d’amie. Et oui, c’est aussi ça le petit monde des francophones en Israël…

Ma conseillère est sympa, plutôt efficace, mais il faut remplir 12 kilos de documents (dont la moitié en anglais, pour que je puisse comprendre un minimum). Les conditions générales de fonctionnement du compte font environ 130 pages par exemple…

Le système bancaire israélien est un peu différent de celui qu’on connait en France. Sur mon compte par exemple, la banque me propose une offre standard plus concurrentielle que celle proposée par les banques majeures qui trustent le marché israélien depuis des décennies. Je m’engage à verser une certaine somme tous les mois et en échange, la banque me propose un certain nombre d’opérations gratuites; oui parce que, habituellement, ici on paye une petite commission sur chaque opération -carte bancaire, chèque, retrait, etc (ah, ces banquiers sionistes…). Mon compte courant est rémunéré à 3% jusqu’à 30000 schekels et je ne paye aucun agios ou frais sur mes débits (0%!!!) à concurrence de mon montant habituel de dépôt mensuel. Bref, je peux vivre un mois à crédit, gratuitement (c’est la norme ici pour tous les habitants du pays). Par contre, la banque n’oublie pas de prendre une substantielle commission sur les opérations internationales en euros.
Autre particularité: Pendant les premiers mois, le plafond de ma carte bleue est limité à la garantie que je dépose. En gros, si je veux pouvoir faire 1000€ de dépenses par mois, je dois laisser 1000€ de côté en garantie à la banque.

Voilà, le rendez-vous est terminé. C’est un peu déroutant par moment mais je devrais pouvoir m’y habituer… Ce n’est finalement pas aussi terrible que ce qu’on avait pu me décrire. Je suis même un peu rassuré: on est plus proche du fonctionnement classique des banques anglo-saxonnes que du système bancaire ottoman!

 

Mon Alyah en Vers Sion Originale – Episode17: J+16 après l’arrivée en Israël

Je vais chez le docteur!

On continue dans la série des « premières fois »… Aujourd’hui, je vais voir un médecin.

J’ai du mal à marcher depuis 2 jours et c’est de pire en pire. Il faut que j’aille voir un médecin…
A l’aéroport, le jour de l’Alyah, j’ai du choisir une compagnie parmi les 4 assurances de santé israéliennes – la Khoupat holim, l’équivalent (obligatoire) de la Sécurité Sociale. J’ai choisi Meuhedet (prononcez Méhoukhédett), le leader sur Jérusalem; c’est-à-dire, en gros, là où j’ai le plus de chances d’avoir un centre de santé proche de chez moi. Or je suis malade à Natanya, là où Mehuhedet est quasi inexistant. Pas de bol!!!
J’ai rendez-vous à l’autre bout de la ville pour le soir à 18h48 (oui, c’est vrai!). Il y avait aussi 18h36, mais j’avais peur d’être un peu juste. Par contre, aucun médecin francophone n’est disponible. Re pas de bol!

J’arrive à l’heure au centre médical. La secrétaire est occupée à parler avec une patiente. Elle ne me regarde même pas. J’attends sagement. Des israéliens entrent, sortent, passent devant moi, lui parlent, posent des questions, déposent des enveloppes. Tout le monde m’ignore superbement, je dois être transparent. Ou trop poli pour jouer des coudes et forcer le passage.
Dans le bureau de gauche, une autre fonctionnaire semble s’ennuyer. Elle fait la gueule, je n’ose pas aller lui parler.

Lorsque la secrétaire est enfin disponible, je lui tends ma teoudat zeout (carte d’identité) et je lui explique que c’est mon premier rendez-vous et que je ne sais pas comment ça marche. Elle vérifie que je suis bien enregistré et me dit d’aller voir le médecin, dans le bureau de gauche. Celle qui fait la tronche là-bas? Vous êtes sure?
Bon, je rentre dans le bureau. Je lance un « chalom » du plus bel effet mais le médecin s’en fiche complètement. Est-ce qu’elle va me dire de m’asseoir ou bien je vais rester comme ça encore longtemps? Finalement, je m’assieds sans son autorisation (qui n’arriverait probablement jamais, je le sens bien), wahou, quelle ‘houtspah (*), je suis bien un vrai israélien .
La porte reste ouverte. D’ailleurs, elle le restera pendant toute la consultation. Une autre conception du secret médical et de l’intimité je suppose…

Bon, puisqu’elle ne me pose aucune question, je vais quand même lui expliquer pourquoi je suis là… Elle ne parle pas français et à peine anglais. Par contre, elle connait l’italien et ça la met en joie de pouvoir me parler dans cette langue que je comprends vaguement… Dans un charabia anglo-franco-italiano-hébraïque, je lui explique mon cas: je me suis fait mal à la jambe, probablement en jouant au foot avec mes enfants. Puisque j’insiste (sinon vraiment elle s’en fout!), je lui montre ma jambe, comment je marche, je décris mes symptômes, tout ça. Il me faut bien 10 minutes pour lui expliquer que j’ai des fourmis dans les jambes; visiblement, elle n’est pas fan du Pictionary. Elle s’en cogne à un point…

Au bout d’un moment, elle me dit: « Vous vous êtes fait mal à la jambe en jouant au foot avec vos enfants ». Super diagnostic de ouf! Israël, médecine de pointe, Prix Nobel, tout ça, je comprends mieux… J’ai envie de lui répondre: « Mais c’est moi qui vous l’ai dit en arrivant! ».
Elle se met enfin à me parler pour me décrire le médicament qu’elle souhaite me donner. Non, en fait, elle consent à me parler parce que tout ce qu’elle dit en anglais (très mauvais, mais que je comprends parfaitement), elle le traduit aussi en italien. Et là, elle kiffe! « The pill… after lunch… dopo mangiare ».

Bon, finalement, c’est assez drôle comme expérience mais il faut bien partir. « Pour le paiement, je règle à la secrétaire? ». Elle esquisse un sourire: « Non, on ne paye pas les consultations de médecine générale ici ». « Parce que c’est la première fois ou bien tout le temps? ». « Tout le temps! ». Je lui réponds: « C’est le paradis ici! » Puis je repense à la consultation et à son diagnostic, et j’ajoute: « Enfin, presque le paradis… »

(*) culot

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