Paracha YITRO – Moïse était-il un bon Manager ?

Depuis de nombreuses années, dans le cadre de mes activités professionnelles, j’ai eu l’occasion de côtoyer différents types de Managers dans toutes sortes de sociétés (des PME comme des grands groupes internationaux), confrontés à des problématiques humaines, organisationnelles, stratégiques dans des situations de routine comme de crise.

Aussi, le début de la Paracha de cette semaine m’interpelle particulièrement. Elle nous raconte notamment comment Yitro, le beau-père de Moïse, observe la manière dont Moïse conduit son peuple et comment il l’encourage à modifier sa manière de « gérer » son peuple.

J’ai donc voulu m’amuser à confronter les principes de management moderne avec les enseignements de Yitro et la manière dont Moïse les met en œuvre. Je propose ici une lecture très linéaire et « terre à terre » des versets de la Paracha liés à ce thème…

 

Imaginons un instant Moïse en Directeur Général d’une multinationale appelée
« Bné Israel Corporation »
. Ce groupe comporte plus de 600.000 employés et est confronté à une crise de gouvernance sans précédent suite à la délocalisation complète de l’ensemble du groupe et à la fin tragique de l’ancien -et tyrannique- PDG du groupe. Il faut repenser l’ensemble de la stratégie du groupe, ses valeurs et définir une nouvelle orientation…

 

La Paracha commence par l’arrivée d’un prestataire externe, Yitro, Consultant en Organisation, spécialiste du Management de Transition.

La première phase consiste pour lui à comprendre les derniers évènements et à s’enquérir de la situation actuelle du groupe : « Moïse raconta à son beau-père tout ce qu’avait fait l’Eternel à Pharaon et à l’Egypte à cause d’Israël, tous les maux qui leur étaient survenus en route, et que l’Eternel les avait sauvés » (Yitro- 18,8).

La deuxième phase est marquée par la rencontre avec les principaux directeurs et managers du groupe ; il s’agit de faire leur connaissance et d’échanger avec eux. En effet, rien ne peut se faire sans leur participation et leur adhésion au projet de Conduite du Changement en cours : « Aaron vint, et tous les Anciens d’Israël pour manger du pain avec le beau-père de Moïse devant D-ieu » (Yitro- 18, 12).

Troisième phase : la phase d’observation. Le consultant Yitro observe la manière dont le Directeur Général gère les affaires du groupe. « Le beau-père de Moïse vit tout ce qu’il faisait pour le peuple… » (Yitro – 18, 14).

L’étape suivante consiste à établir un diagnostic, en soulignant notamment les points cruciaux à améliorer, ceux sur lesquels il faudra rapidement trouver des solutions : « Pourquoi es-tu assis toi, seul, et tout le peuple se tient debout près de toi depuis le matin jusqu’au soir ? » (Yitro – 18,14).

Yitro, nous dit Rachi, était aussi troublé par un point en particulier : « Moïse siégeait comme un roi et tous se tenaient debout ; et ce fait posait problème à Yitro car il estimait qu’il (Moïse) méprisait l’honneur d’Israël, et il le réprimanda pour cela ».

 

Autant le dire tout de suite : le diagnostic est très négatif : « Ce n’est pas bien, la chose que tu fais » (Yitro- 18, 17). Yitro juge le Directeur Général avec beaucoup de sévérité !

Le Midrash nous explique qu’Yitro était un homme délicat, il n’a pas dit « c’est mal » mais il utilise la périphrase « ce n’est pas bien ».

Attention : Il ne remet pas en cause ses qualités intrinsèques ni ses compétences ; ce qu’il met en exergue, ce sont les défaillances en termes de management et d’organisation.

 

Le premier point qu’Yitro souligne est l’absence de délégation : « Tu vas t’épuiser, et toi et ce peuple qui est avec toi, car la tâche est plus lourde que toi ; tu ne peux l’accomplir seul. » (Yitro- 18, 18).

Aussi Yitro redéfinit-il le rôle de Moïse au sein du groupe : Moïse doit être le relai entre les Bné Israël (les employés) et Hachem (le Grand Patron). Autrement dit, Moïse est une « courroie de transmission » verticale, pour faire descendre les instructions du Grand Patron et faire remonter le ressenti et les problématiques des collaborateurs :
« Toi, sois pour le peuple (leur représentant) face à D-ieu et toi tu transmettras les sujets (les problèmes) devant D-ieu » (Yitro- 18, 19).

Moïse devra relayer la vision du Grand Patron, en déduire la stratégie opérationnelle, puis définir les tâches à accomplir afin de remplir la mission qui est assignée au groupe :
« Tu les avertiras des décrets et des enseignements, et tu leur feras connaitre le chemin dans lequel ils iront et l’action qu’ils accompliront ». (Yitro- 18, 20).

Soulignons ici l’importance accordée à la communication et à la formation, deux piliers fondamentaux d’un projet réussi de Conduite du Changement dans une organisation.

La mise en place de la stratégie du groupe passe par la nomination des responsables opérationnels. Moïse doit choisir parmi les employés les plus aptes à remplir la mission définie. « Et toi, tu verras, parmi tout le peuple, des hommes éminents craignant D-ieu, des hommes de vérité détestant le profit ». (Yitro- 18, 21).

Ici, Yitro nous décrit sur quels critères doit se baser Moïse pour faire son choix : trouver des hommes fidèles au Grand Patron, qui adhèrent à sa vision ; des hommes intègres, qui pensent d’abord à l’objectif commun avant leur intérêt personnel.

 

Une organisation efficace suppose une structure hiérarchique claire et définie. Le management « pyramidal » classique (avec des employés au premier échelon, un mangement intermédiaire avec des N+1, N+2, des Managers, des Directeurs, etc.) est ici recommandé. « Tu placeras sur eux des chefs de milliers, des chefs de centaines, des chefs de cinquantaines et des chefs de dizaines » (Yitro- 18, 21).

Le principe de délégation et de responsabilisation à chaque échelon de la hiérarchie est de nouveau souligné par Yitro. Les problèmes, suivant leur importance, sont « cascadés » au niveau supérieur de la hiérarchie en cas de besoin.

 

Petit aparté sur ce sujet… Ce commentaire est issu du site Torah-Box :

Un simple calcul nous permet d’arriver au total d’un juge pour huit personnes. Une telle proportion semble a priori démesurée : y avait-il entre eux tant de différends et de problèmes de vol pour nécessiter des magistrats en effectif aussi important ?

De fait, il existe une différence entre le rôle des juges à cette époque et à la nôtre, différence que nous allons illustrer par une anecdote. Alexandre le Grand était l’hôte d’un roi, devant lequel se présentèrent deux individus pour être jugés. Le premier expliqua, désignant son opposant : « J’ai acheté un arbre, creusé en dessous et trouvé un trésor, et je lui ai proposé de prendre le trésor car je n’avais acheté que l’arbre, sans celui-ci. » Le second répliqua : «J’ai tout aussi peur que toi de me rendre coupable de vol. Et lorsque je t’ai vendu cet arbre, j’ai inclus dans la vente tout ce qui s’y rattachait. » Se tournant vers le premier, le roi lui demanda s’il avait un fils. La réponse était positive. Au second, il demanda s’il avait une fille. On devine la réponse. « Qu’ils se marient tous les deux, suggéra astucieusement le souverain, et le trésor sera à eux. » Le roi Alexandre était stupéfait. Face à son étonnement, le roi l’interrogea : « S’il y avait pareil jugement dans votre pays, comment auriez-vous tranché ? » « Je les aurai décapités tous les deux, et me serai approprié le trésor… »

Tels étaient les jugements autrefois, et on comprend aisément pourquoi il fallait tant de juges, ce genre de différends étant de fait très fréquent ; on ne connaît plus de nos jours des querelles de ce type…

 

Moïse semble séduit par les préconisations du Consultant. « Est sage celui qui écoute les conseils », dit un proverbe du Roi Salomon.

Aussi met-il en œuvre les recommandations énoncées : « Moïse écouta la voix de son beau-père et fit tout ce qu’il avait dit » (Yitro- 18, 24).

La nouvelle gouvernance se met alors en place : nomination des Managers et Directeurs en fonction de leur mérite (« Moïse choisit des hommes de valeur parmi tout Israël »), délégation et responsabilisation avec une organisation pyramidale, définition des axes stratégiques (réservés au Top Management) et des décisions à prendre au niveau opérationnel (management intermédiaire).

 

Finalement, après une année (d’après certains Commentateurs), le management de transition prend fin et Moïse peut prendre congé de son beau-père :
« Moïse reconduisit son beau-père, il retourna vers son pays » (Yitro- 18, 27).

Moïse est devenu un Manager aguerri, ayant la confiance du Grand Patron et respecté de ses subordonnés. Il a mis en place une gouvernance pertinente, une organisation claire et structurée, en s’appuyant sur des hommes compétents et méritants.

Bref, s’il faut le dire en quelques mots : Moïse est devenu un Manager modèle, dont on peut aujourd’hui encore s’inspirer. Il est un exemple pour tous ceux qui sont confrontés à des problématiques d’organisation, de management, de stratégie ou de gestion des ressources humaines en entreprise.

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