Premier Kippour à Jérusalem

Il va vraiment falloir que j’arrête d’être toujours en décalage!

C’était il y a tout juste une année, pour Yom Kippour, le jour le plus saint du calendrier juif, le jour du grand pardon. Chaque juif dans le monde entier prie et demande pardon à D-ieu pour les pêchés commis toute l’année. Mais moi, j’étais légèrement en décalage. Je m’explique en vous racontant tout depuis le début…

Kippour commence dans quelques minutes et, comme chaque année, je suis en retard, la tombée de la nuit approche. J’ai revêtu mes habits clairs, un beau costume et mes baskets en toile afin de respecter le commandement de ne pas porter de chaussures en cuir ce jour-là. Je suis prêt à partir à la Synagogue et l’office que j’ai sélectionné (organisé par des français) est à une demi-heure de marche de chez moi.

J’embrasse ma femme, bénis mes enfants puis je pars seul dans les rues de Jérusalem. Et là…

La ville entière est dans la rue. Tout de blanc vêtus, les hiérosolymitains sont en route pour la Synagogue; les femmes sont belles,habillées selon les règles de pudeur, avec une jupe longue, un joli foulard ou un élégant chapeau sur la tête. L’ambiance est juste incroyable… Tout Israel se prépare pour ce jour solennel et moi j’ai la chance d’être ici. Merci Hachem!

Tous? Presque tous! Devant chez moi, je croise un type en tongs qui promène  son chien en fumant une cigarette. J’adore ce pays parce que c’est le pays de tous les juifs sans exception; tous, même ceux en tongs qui s’en fichent complètement de Kippour!

J’arrive à la Synagogue encore émerveillé de ce que j’ai vu. A Paris, j’avais honte et je me cachais presque de peur de croiser un voisin qui ne manquerait pas de se poser des questions en voyant mon beau costume et mes chaussures en plastique, ma chemise blanche bien repassée et mes cheveux pas coiffés (sans compter mon haleine fétide endommagée par 25 heures de jeûne). Ici je suis heureux, je partage tout cela avec mon peuple réuni. Merci mon D-ieu!

L’office du soir démarre et je suis à mon aise. Du coup, je décide de rendre ce jour encore plus exceptionnel: demain, avant de venir à la Synagogue, j’irai au Kottel, le Mur des Lamentations cher au cœur de chaque juif.

Je me réveille tôt (oui 9h30 on peut considérer que c’est pratiquement l’aurore). Je me dirige vers la Vieille Ville, direction le Mur. Il fait déjà très chaud et je commence à avoir soif; peu importe, je ne veux pas renoncer à vivre cette expérience.

J’arrive à l’entrée de la Porte de Jaffa et je décide, compte tenu du contexte tendu des derniers jours, de ne pas passer par le souk; je passe par le Quartier Arménien, réputé plus calme. Quelle merveille! Je suis venu ici une dizaine de fois mais j’ai l’impression que c’est la première fois. Je suis seul, il fait beau, l’atmosphère est paisible et je me promène dans les ruelles de la Ville Sainte le jour de Kippour. Merci mon D-ieu! Je devrais être en train de prier et demander  pardon mais moi je dis merci! Merci Hachem de m’avoir permis de faire mon Alyah, merci de m’avoir accordé la chance de m’installer à Jérusalem, merci de me donner à voir ces ruelles magnifiques, ce Cardo éclairé par cette lumière intense, ces pierres qui ont vu tant de beautés et de malheurs aussi.

J’arrive au Kottel. Petite déception, il n’y a pas grand-monde.

Je réalise que Kippour n’est pas le jour avec la plus forte fréquentation ici. Il fait trop chaud à cette heure-ci et puis chacun prie un peu dans son coin. Difficile de s’intégrer dans un groupe d’au moins 10 hommes ayant un rite commun…

Peu importe, je me dirige vers le Mur et je prie. Pour les miens et pour le peuple d’Israël. Pour mes amis d’ici et pour ceux de France. Je demande pardon aussi (un peu) et je remercie D-ieu (beaucoup). A cette heure les juifs du monde entier disent pardon et moi je dis merci. Quand je vous disais que je suis décalé…

Je repense à ces vers, lus dans mon livre de Téhilim, les psaumes du Roi David: « Que le Seigneur te bénisse de Sion! Goûte le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie. »

Il est temps de rejoindre ma Synagogue. L’ambiance est calme, je suis fatigué et assoiffé, je vais donc remonter par le souk arabe puisque c’est le chemin le plus court.

Mauvaise idée! Juste avant de bifurquer vers le souk, une horde de policiers me dit de m’arrêter. J’entends au loin des cris de femmes en arabe (ça ressemble à « Alyah Akbar » mais je sens bien qu’elles ont d’autres intentions que de me souhaiter la bienvenue en Israël!). Plus bas encore, les hommes reprennent ces cris (quelle galanterie, ils ont laissé les femmes se confronter aux soldats et policiers en premier).

Une jeune policière -21 ou 22 ans sans doute- très sereine me dit calmement qu’il va falloir faire le tour et trouver un autre chemin. Est-ce que j’ai peur? Non pas maintenant (ce sera dans un quart d’heure), je suis en sécurité ici.

Je repars vers le Mur et commence un long périple. Oups, j’ai oublié de prier pour certains de mes amis. J’y retourne? Non j’ai soif, il fait trop chaud, pas envie de faire demi-tour. Bon, finalement si il y a un jour dans l’année où je dois faire des efforts c’est aujourd’hui! Alors j’y retourne…

Une petite prière puis de nouveau le chemin du retour. Mais, stupidement, au lieu de rebrousser chemin par le quartier Arménien, en haut, je repars par le bas. Et je marche, je marche, dans la chaleur. Mince je me suis trompé de route; je longe les murailles, dans mon souvenir c’était simple mais en fait c’est un tour très long. Ici il n’y a pas d’ombre et je suis quasiment seul. Si un arabe mal intentionné arrive, je suis isolé et perdu. Je commence à avoir peur. J’accélère mon pas. Il fait plus de 30 degrés. J’ai très soif. Je ne sais pas combien de temps encore je vais devoir marcher. Déjà 10 minutes seul au monde que je marche. Hachem aide-moi! Mon cœur est pur! C’est vrai je ne suis pas en train de prier à la Synagogue mais c’était pour venir Te voir au plus près, dans Ta demeure! Je reprends espoir en voyant enfin au loin la ville moderne.

Encore 10 minutes de marche en plein soleil, ma veste de costume sur la tête pour éviter une insolation. Si je m’en sors vivant, vais-je pouvoir me passer de boire jusqu’à la fin de Kippour? Pour la première fois de ma vie d’adulte, je me demande si je ne vais pas être forcé d’interrompre le jeûne de Kippour.

Je me rapproche de la Mamilla, à l’entrée de la Vieille Ville. Et là je vois un arabe qui vient vers moi. Il est jeune, mince, vigoureux. Je révise mentalement ce que j’ai appris ces derniers mois au krav maga: coup de pied de face, clé, parade couteau, enchaînement pieds-poings. Il passe devant moi sans me regarder. Même pas peur (enfin, c’est surtout lui qui n’a pas eu peur de moi).

Voilà je suis sauvé! Encore 10 minutes à pied et je suis à la Synagogue. J’arrive épuisé et assoiffé. Mais vivant. Béni soit D-ieu.

La climatisation me fait un bien fou. Je reprends des forces. Ma femme et mes enfants ne vont plus tarder à arriver. Je revêts mon châle de prière et je sors mon livre de Kippour. Encore juste un dernier merci à Hachem et je démarre ma journée de prières. Courage, plus que 6 heures à tenir et c’est la fin de Kippour.

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